• Morgane Urli

Petit guide du chercheur toxique

Ce billet a été publié sur le blogue du CEF en septembre 2021 conjointement avec celui d'Alison Munson. Nous nous sommes aperçues que nous écrivions un billet sur le même sujet, celui d'être des femmes en recherche. Le ton est différent mais les idées se rejoignent. Après avoir lu mon billet, je vous encourage vivement d'aller lire celui d'Alison.


Petit guide du chercheur toxique


Après quelques "mésaventures" et années d'observations des deux côtés de l'Atlantique, j’en viens à croire que certains ont à leur disposition un véritable guide du chercheur toxique. En voici les principes du plus au moins subtils:


1. Lors de réunions, assure-toi que ce soit toujours une chercheuse qui soit en charge de la rédaction du compte-rendu de réunion.

2. Assume toujours que c'est le rôle des chercheuses d'égayer les réunions avec des gâteaux ou à boire, ou encore de prendre en compte la sécurité de l'équipe sur le terrain (en la laissant se charger de la trousse de secours, de l'anti-moustique, de la crème solaire, etc.). Cela est instinctif pour elles.

3. Au sein d'un organisme de recherche ou lors d'un projet de recherche, assure-toi de ne gérer que l’aspect scientifique pendant que tes collègues féminines s'occupent des tâches administratives et d'ordre logistique.

4. Explique à ta collègue des notions qui lui sont très familières car elles se trouvent dans son domaine d'expertise*. C'est d'autant mieux si la notion en question ne fait pas partie de ton propre domaine d'expertise.

5. Explique-lui ces notions lors de conférences ou de réunions d'équipe lorsqu'elle sera mal à l'aise de te répondre que c'est elle l'experte.

6. Assume de l'arrogance d'une collègue lorsqu'elle te dit qu'elle est experte sur un sujet.

7. Coupe la parole d'une chercheuse qui veut participer à une discussion sur un projet auquel vous collaborez. Coupe-lui la parole jusqu'à temps qu'elle ne prenne plus la parole et reste silencieuse lors des réunions.

8. Assume toujours que le stress et la colère d'une chercheuse ne sont pas légitimes et non fondés sur des faits comme un manque de ressources humaines ou matérielles. Elle est seulement hystérique ou a ses règles. Tu peux lui montrer que tu compatis en t'exclamant quelque chose comme "Pauvre petite".

9. N'interviens pas en tant que porteur de projet lorsque qu'une chercheuse te fait part de mansplaining constant d’un autre chercheur ou d'une mise à l'écart systématique lors des réunions de projet.

10. Traite différemment les hommes et les femmes de ton équipe en autorisant, par exemple, les hommes à utiliser certains véhicules ou appareils mais en l'interdisant aux femmes à travail et qualifications équivalentes.

11. Fais tomber des préservatifs nonchalamment de ton sac surtout si tu es en situation de supériorité hiérarchique. Le harcèlement sexuel ou moral, subtil ou non, s’il est dénoncé, est rarement suivi d’actions et est assez efficace pour éliminer toutes collaborations futures avec des chercheuses.

12. Enfin, bien sûr, nie le fait qu'il existe plus d'obstacles pour une femme que pour un homme d'atteindre un poste égal.


Merci à tous les collègues qui n'ont jamais eu ce comportement avec moi. Les autres ? J'ai refusé de collaborer avec eux quitte à perdre de belles opportunités de travail…


* Cette attitude est qualifiée de mansplaining.

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