• Morgane Urli

Premier billet de ma chronique "Chercheuse jour après jour" dans le magazine de l'Acfas

Je suis très heureuse de partager ici le premier billet de ma chronique "Chercheuse jour après jour" dans le Magazine de l’Acfas.



Première page


Le 29 janvier 2020,

Cher journal,


J’ai trop de réflexions à te raconter pour que cela ne tienne qu’en un seul texte. C’est pourquoi j’entreprends ton écriture aujourd’hui dans un carnet confectionné avec le papier japonais que j’aime tant. J’ai besoin de toutes tes pages pour coucher mes pensées sur papier.


Tu existes, car j’aimerais te partager mon quotidien de chercheur scientifique avec ses hauts et ses bas, ses difficultés et ses surprises. En découvrant ma vie au jour le jour, tu pourras apercevoir comment les connaissances scientifiques se construisent petit à petit, pourquoi parfois des erreurs sont commises, pourquoi je fais le plus beau métier du monde, pourquoi je chiale parfois sur ce beau métier.


Tu existes parce que je veux te partager mes réflexions et mon ressenti sur des sujets divers et variés comme le mentorat et l’encadrement d’étudiants, la gestion et la coordination de projets de recherche entre plusieurs institutions, la place des femmes en science, les relations interpersonnelles entre des personnes de différentes cultures, la santé mentale en recherche, etc.


Tu existes parce qu’enfant, j’ai rencontré un arbre et parce qu’étudiante en 2008, on m’a raconté la plus incroyable des histoires, que je te raconterai peut-être à mon tour : comment un arbre peut-il transporter de l’eau à plusieurs dizaines, voire à une centaine de mètres de hauteur sans rien dépenser de son énergie propre? Douze ans et un doctorat en biogéographie et en écophysiologie végétale plus tard, je n’en reviens toujours pas. Même si j’en comprends mieux aujourd’hui les mécanismes physiques et physiologiques, le phénomène n’a rien perdu de sa magie et de son merveilleux à mes yeux.



Tu existes parce que je suis Madame papier et crayon. J’ai toujours eu le réflexe d’écrire pour apprendre ou organiser mes pensées. Lors de mon doctorat et de mes premiers postdoctorats, j’avais des bouts de papier et des carnets avec des notes pêle-mêle partout sur mon bureau. Ce n’était plus efficace. J’ai alors cherché un autre système d’organisation. Bienvenue dans l’ère des calendriers numériques, des applications de productivité, de listes de tâches, … Mais quelle que soit l’application choisie, je finissais invariablement par avoir besoin de coucher quelque chose sur un papier, ne serait-ce que mes notes de lecture. Au fil des mois et des années, j’ai progressivement remplacé ces outils numériques par un système d’organisation bien plus personnel basé sur différents carnets et de multiples crayons, stylos et feutres : un carnet pour s’organiser et prendre des notes au quotidien, un carnet pour la prise de notes de lecture et un autre ou deux associés à des projets spécifiques. Tu peux rencontrer tes grands frères et grandes sœurs sur Instagram @chercheusejourapresjour. Adieu, les feuilles et carnets s'éparpillant sur mon bureau? Non. Mais il existe un carnet pour les gouverner tous!


Tu existes pour me rappeler que je retiens mieux tous types d’informations quand je les ai écrites, reformulées, coloriées, schématisées, quand j’ai face à moi une page blanche qui libère toute ma créativité. On l’oublie trop souvent, mais un chercheur est aussi, et peut-être d’abord un créatif. Comment découvrir sans imagination?

Et toi, je ne veux pas t’oublier, et que tu t'effaces, alors je te crée dans un carnet à l’encre noire. Tu contiens et tu contiendras des informations que l’on ne trouve pas dans l’ordinateur d’un chercheur ou dans ses articles scientifiques, mais qui n’en sont pas moins dignes!

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© 2020 by Morgane Urli.

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