Chercheur jour après jour

Journal de bord d'une chercheure en écologie 

JdB 11.17 Passage au plan B !

03.22.2017

Ou les vertus de la capacité d'adaptation en recherche

 

 

Mardi dernier dans l'après-midi et dans la nuit, nous avons vécu une grosse tempête de neige au Québec. Ma tempête à moi, elle s'est passée au chaud, devant mon ordinateur à peu près au même moment.

 

Vous le savez depuis quelques semaines, je nettoie des données. Nettoyer des données, ça consiste à mettre en forme des données brutes (c'est-à-dire les données telles qu'elles ont été collectées sur le terrain) et les transformer en une base de données adaptée aux analyses statistiques futures. Cela signifie plus concrètement dans mon cas, rassembler plusieurs tables et retrouver toutes les erreurs qui ont pu se glisser lors de la prise de données sur le terrain.

 

Ce nettoyage de données occupe une très grande partie de mon temps depuis les dernières semaines. Mardi dernier, je pense que j'en étais à plus de 50 heures de travail allouées à cette tâche. Le problème ? 50h de travail sur un unique site, j'en ai 14. Et je pensais obtenir les bases de données propres associées à ces 14 sites en 50-60h ! 

 

Mercredi matin, je continue le nettoyage des données du premier site et... je retrouve des erreurs. Je les corrige et j'en retrouve des nouvelles en corrigeant les précédentes. Le cycle infernal. J'étais dans le même état que les voitures dans la rue après la tempête de la nuit précédente. Mercredi soir, les données de mon premier site sont enfin nettoyées. C'est comme si j'avais pelleté une bonne partie de la neige autour de mon auto. Les roues sont de nouveau libres. 

 

Jeudi matin, je réalise que j'ai 13 sites à nettoyer pour la fin de la semaine prochaine. Je ne peux pas dépasser ce délai, j'ai d'autres projets qui n'avancent plus pendant ce temps comme le projet "Résilience". Je ne peux pas les repousser plus longtemps, surtout que le nettoyage de données n'est que la première étape de ce projet "RDP", il faut ensuite analyser ces données, les interpréter et écrire un article scientifique. Je réalise que mes roues ont beau être libérées de la neige, je patine, elles tournent dans le vide. Il faut trouver une solution.

 

Jeudi midi, je discute donc avec Nelson mon collègue-superviseur*. Une base de données consiste généralement en plusieurs tables comprenant un identifiant unique pour chaque arbre permettant de faire le lien entre les tables. Malheureusement dans mon cas, la base de données brutes comporte plusieurs identifiants selon les tables. Le jeu de données est tout de même viable car je peux retrouver quel arbre correspond à tel arbre entre mes tables, mais pas de manière évidente. Je vous passe les détails mais j'ai dû recréer un identifiant unique. Ce travail n'était absolument pas prévu. Nous pensions tous que cet identifiant unique existait ou tout du moins qu'il serait facile et rapide à créer. Et non ! Le temps étant notre pire ennemi, nous passons au plan B. Nous ferons l'étude sur 3 sites sélectionnés parmi les 14. Il sera toujours possible par la suite de prolonger cette étude avec les 11 autres sites. Ayant déjà une procédure de nettoyage fonctionnelle pour le premier site, je devrais être en mesure de terminer le nettoyage des données des 3 sites pour la fin de la semaine prochaine. 

 

Avec une aussi belle base de données avec autant de données et de sites, même si elle possède des petits défauts, j'ai trouvé ça frustrant de me résoudre à n'étudier que 3 sites. Cependant, c'est juste humainement impossible de faire autrement ! Et je peux vous dire à l'avance que cette décision était la bonne (j'écris ces lignes pendant la "semaine prochaine", cette décision porte ses fruits !).

 

Durant mon doctorat, j'avais découvert qu'une des choses les plus difficiles en recherche est de s'adapter au terrain. Vous pouvez passer des semaines à parfaire votre protocole. Sachez que sur le terrain ou durant une expérimentation en laboratoire, il y aura toujours des imprévus. En post-doctorat, je réalise que les capacités d'adaptation acquises sur le terrain au cours de ces années sont également très utiles pour répondre aux imprévus relevant des délais, des ressources matérielles, humaines et financières ! 

 

Le plus difficile mais le plus excitant aussi en recherche, c'est que vous ne vous ennuyez jamais. Il y a toujours des surprises quelles soient bonnes, mauvaises, inattendues ou un tant soit peu prévisibles. Et dans tous les cas, votre capacité d'adaptation est votre meilleure alliée.

 

Sur ce je vous laisse, je retourne au nettoyage des données du deuxième site. 

 

*Je travaille sur les projets de Nelson Thiffault, chercheur au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. C'est lui qui a trouvé les fonds qui financent mon post-doctorat. En ce sens, c'est évidement mon patron. Il a un droit de regard sur l'avancée et la qualité de mon travail. Mais notre façon de travailler ressemblent plus à des rapports entre collègues. D'un point de vue scientifique, j'apprends évidement de son expérience mais j'espère qu'il apprend un petit peu de moi également. :)

 

Suit évidemment mon journal twitteresque de cette semaine enneigée :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Comment apprendre décrypter une information scientifique dans les médias ? Dans notre ère post-factuelle, comment s'y retrouver entre fausses informations et vraies découvertes scientifiques ? Avoir une bonne idée du fonctionnement de la recherche au quotidien est un très bon début. Je vous souhaite donc la bienvenue sur Chercheur jour après jour, journal de bord quotidien d'une chercheure en écologie, votre porte d'entrée dans le monde de la recherche vue de l'intérieur.

© 2020 by Morgane Urli.

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